28 février 2020

Parashat Béshalah

בס »ד

Parashat Béshalah – פרשת בשלח
Shémot chapitres 13 à 17

 

Béshalah est une “parenthèse” entre Bo et la sortie d’Egypte, et  Yitro et le don de la Tora.

Rappelons que la parasha Bo s’achève sur la mort des premiers-nés égyptiens, et le “renvoi” des Bnei Israël, munis des objets précieux empruntés aux Egyptiens, et de ces galettes cuites dans la précipitation du départ, les Matsot.

Béshalah va nous relater les premières étapes des Bnei Israël dans leur traversée du désert, guidés par une nuée le jour et une colonne de feu la nuit. Elle est la parasha du dernier                «  endurcissement  du cœur » de Pharaon qui va partir à la poursuite du peuple, et finir, avec ses troupes, au fond de la mer.

Les Bnei Israël traverseront la mer à pied sec et entameront la Shirat Hayam – le cantique de la mer. L’euphorie sera de courte durée : lorsque l’eau viendra à manquer, ainsi que la nourriture, le peuple ne tardera pas à se révolter contre Moshé. Dieu institue alors la manne. Celle-ci nourrira le peuple pendant quarante ans.

Eclate alors la seconde « révolte de l’eau », suivie de la première bataille contre Amalek. Celui-ci est battu, et la parasha s’achève sur l’engagement divin d’effacer le souvenir d’Amalek et de le combattre de génération en génération.

ויהי בשלח פרעה את-העם ולא-נחם אלהים דרך ארץ פלשתים כי קרוב הוא

כי אמר אלהים פן-ינחם העם בראתם מלחמה ושבו מצרימה

“Quand Pharaon renvoya le peuple, Dieu ne le dirigea pas par le pays des Philistins, car il était proche; parce que Dieu disait: “De peur que le peuple ne regrette quand ils verront la guerre, et qu’ils retournent en Egypte”. (13/17)

Nous connaissons la suite : ce « détour » va durer quarante ans.

Dans quel but Hashem fait-il durer quarante ans, un trajet qui aurait pu être bien plus court ?

Maimonide (Guide des égarés 3/24) considère l’allongement du trajet comme un moyen d’éducation du peuple :

-L’épreuve du désert prépare le peuple à mieux profiter des bienfaits de Kenaan, et le rend apte à combattre pour la conquête du pays.

Le Midrash Rabba (39/12) avance une autre explication parmi tant d’autres, en fixant son attention sur un mot de notre verset : ולא נחם אלהים…. Naham est traduit par « Dieu ne les a pas dirigés ». Notre Midrash glisse de « Naham » à « NitNahem » qui signifie « il a regretté :, et cela donne ceci :

ולא נחם אלהים. אע »פ ששלחם פרעה לא נתנחם הקב »ה

“Dieu ne les a pas dirigés: bien que Pharaon les ait renvoyes, Dieu ne se consola pas ».

Selon ce midrash, devant les souffrances infligées aux Bnei-Israël, Dieu a puni l’Egypte par les plaies, et a libéré Israël. Malgré cela, les comptes avec l’Egypte ne seront complètement « soldés », que par l’ouverture de la Mer Rouge, et la noyade de Pharaon, et de ses troupes.

A l’occasion de cet événement, Dieu dévoile sa toute-puissance aux yeux de tous.

Un autre objectif de ce « détour », est suggéré par un autre midrash (39/15) :

Y est cité l’exemple d’un roi désireux d’offrir un héritage à son fils. Mais le prince est encore trop jeune, et le roi craint que par son manque d’expérience, il ne sache pas en prendre soin. Il décide d’attendre que son fils atteigne la maturité.

Et voici le « Nimshal – le sens :

כך אמר הקד »ה: אם אני מכניס עכשיו ישראל לארץ עדיין לא התעסקו במצות ואינן יודעין עסקי תרומות ומעשרות. אלא אתן להם את התורה ואח »כ אכניסם לארץ

« Ainsi a dit le Saint Béni soit-il: si je fais rentrer maintenant Israël dans le pays, ils n’ont pas encore l’expérience des commandements, et ne connaissent rien aux affaires de prélèvements et de dimes (Troumot et Maasserot). Mais je vais leur donner la Tora, et après celè, je les ferai entrer dans le pays ».

Avant qu’ils n’entrent en Eretz Israël, il fallait donc que les Bnei-Israël reçoivent la Tora, et en intègrent les commandements. Notamment ceux liés a la Terre, cités par le midrash. Et cet apprentissage exige du temps.

Cependant, comment concilier tous ces points de vue, avec ce que nous dit  explicitement la Tora dans l’épisode des explorateurs. (Bamidbar 14).

Sur les douze explorateurs envoyés par Moshé pour visiter la terre promise, dix d’entre eux font un rapport négatif et biaisé, qui provoque un soulèvement du peuple, qui veut retourner en Egypte.

Hashem condamne alors les explorateurs à mourir dans le désert. Quant au peuple qui s’est laissé influencer, il devra errer dans le désert pendant quarante ans, jusqu’à la disparition de toute cette génération.

D’un coté, la Tora nous présente le séjour prolongé dans le désert, comme la conséquence d’un comportement humain fonde sur le libre-arbitre (affaire des explorateurs).

De l’autre, les Midrashim et le Rambam, justifient ce séjour par la décision divine de préparer et former ce peuple à recevoir la Tora et à conquérir Eretz Israël.

Libre-arbitre ou prédestination ?

Le Midrash Tanhouma (Vayeshev) met en parallèle les événements et les comportements de Yaakov, de Yossef et ses frères, qui ont abouti à l’installation en Egypte, et à l’esclavage d’une part ; et de l’autre, la révélation faite par Dieu à Abraham, lors de Brit ben Habétarim, selon laquelle ses descendants iront en exil, seront réduits en esclavage, puis seront délivrés.

Nous sommes en présence de la même problématique, entre libre-arbitre et prédestination, entre action humaine et action divine.

Le Midrash Tanhouma cité ci-dessus, résout la question, en suggérant que  l’action humaine est « récupérée » par Dieu, qui l’intègre dans son projet. Une relation très complexe, qui dépasse l’entendement humain.

Shabbat Shalom