19 juillet 2019

Parashat Houkat

בס »ד

Parashat Houkat – פרשת חקת
Bamidbar chapitres 19 à 22

 

La parasha aborde notamment deux sujets.

Le premier concerne la vache rousse פרה אדומה, dont les cendres devront être utilisées pour purifier toute personne rendue impure par le contact avec un mort. Loi incompréhensible à la logique humaine, faisant partie de la catégorie des « Houkim », d’où le nom de notre parasha.

Cette première partie comprend d’autres lois, toutes relatives à l’impureté, et aux moyens de se purifier.

Puis est évoquée la mort de Myriam.

Le second sujet concerne la révolte à cause de la pénurie d’eau.

 Voici le début du deuxième chapitre de Houkat (20\1-2) :

ויבואו בני ישראל כל העדה מדבר-צין בחדש הראשון…ותמת שם מרים ותקבר שם

« Les enfants d’Israël, toute la communauté, arrivèrent au désert de Tsin dans le premier mois…Myriam mourut là, et y fut enterrée. »

Immédiatement, le verset suivant enchaine :

ולא היה מים לעדה ויקהלו על-משה ועל-אהרן

« Et la communauté n’eut pas d’eau, et ils se rassemblèrent contre Moshé et Aharon ».

Cette proximité de la mort de Myriam, et du manque d’eau, est vue par les commentateurs comme un effet de causalité : c’est par le mérite de Myriam que le peuple a eu de l’eau pendant toute la traversée du désert. Elle disparue, l’eau vient à manquer.

Face à la révolte, Dieu ordonne a Moshe:

קח את המטה והקהל את העדה אתה ואהרן אחיך ודברתם אל הסלע לעניהם ונתן ממיו…

“Prends le bâton et rassemble la communauté, toi et Aharon ton frère, et tu parleras au rocher à leurs yeux, et il donnera son eau… ».

ויקח משה את המטה מלפני ה » כאשר צוהו

“Et Moshé prit le bâton de devant Hashem comme il le lui a ordonné.”

Moshé et Aharon rassemblent le peuple, et Moshé l’interpella:

שמעו-נא המורים המן-הסלע הזה נוציא לכם מים                                                                                                     « écoutez o rebelles, est-ce que de ce rocher nous vous sortirons de l’eau ? »

Puis il frappe le rocher de son bâton à deux reprises, et le miracle se produit.

Dieu dit alors à Moshè et Aharon :

יען לא-האמנתם בי להקדישני לעיני בני ישראל לכן לא תביאו את-הקהל הזה אל הארץ אשר נתתי להם

« Puisque vous n’avez pas eu confiance en moi pour me sanctifier aux yeux des enfants d’Israël, aussi ne conduirez-vous pas ce peuple dans le pays que je leur ai donné. »

Voila que Moshe, qui a littéralement porté les Bnei-Israël pendant quarante ans, les a fait sortir d’Egypte, et conduits à travers le désert, en direction de la terre promise, se voit privé de l’étape ultime : conduire le peuple en Eretz-Israël.

Face à la sévérité de la sanction, les sages s’interrogent : quelle est la nature de la faute reprochée à Moshé, et quelle est sa gravité pour qu’il mérite une telle punition ?

Rabbeinou Behayé rapporte les explications fournies par Rashi, le Rambam, et Rabbeinou Hananel (Tunisie Xème, commentateur du Talmud).

Pour Rashi, si Moshé avait parlé au rocher et que l’eau en serait sortie, Dieu aurait été « sanctifié aux yeux du peuple », qui aurait dit : « si ce rocher qui ne parle ni n’entend et n’a aucun besoin, exécute l’ordre de Dieu, à plus forte raison, nous qui parlons, entendons…devrions-nous le faire ». Cette exemplarité, fondée sur un raisonnement « à fortiori, ou Kal Vahomer », aurait conduit à une sanctification de Dieu.

Le Rambam voit dans la façon dont Moshé a interpellé et insulté le peuple, le traitant de « rebelles », une manifestation de colère, ce qui pour un homme de la dimension de Moshé, est une faute grave.

Pour Rabbeinou Hananel, la faute viendrait de l’utilisation par Moshé de l’expression « nous vous ferons sortir de l’eau », pouvant laisser penser au peuple que ce sont Moshé et Aharon qui font sortir l’eau.

A l’explication de Rashi (frappe le rocher), Rabbeinou Behayé objecte qu’il aurait eu raison, si seule la parole adressée au rocher était un miracle. Même le fait d’obtenir de l’eau en frappant est miraculeux.

Oui dit-il. Rambam (la colère) aurait eu raison, s’il s’était vraiment agi de colère. Il s’agirait plutôt de « remontrances » תוכחות. Quant à Aharon, c’était le plus doux des hommes.

En fait dit Rabbeinou Behayé, le texte ne les accuse pas d’avoir personnellement fauté, mais d’avoir fait ou dit quelque chose qui aurait provoqué des conséquemces négatives: « Vous n’avez pas eu confiance en moi, pour me sanctifier aux yeux des enfants d’Israël ».

Il est un élément dont on ne comprend pas la présence dans le texte, et auquel le Kli Yakar va consacrer un beau commentaire : le bâton.

En fait Hashem a dit à Moshé : « Prends le bâton, et parle au rocher.. ».

Si Dieu lui a ordonné de parler au rocher, pourquoi lui ordonne-t-il de prendre le bâton ?

On remarquera qu’il ne lui dit pas « prends ton bâton », mais « prends le bâton », ce qui laisse sous-entendre que le bâton en question est connu.                                                                     Et quand Dieu ajoute « de devant l’Eternel », on sait bien que ce n’est pas le bâton de Moshé qui a séjourné « devant l’Eternel ». Il s’agit du bâton d’Aharon qui fut déposé « devant l’Eternel » (Korah 17/26).

Que vient faire le bâton d’Aharon dans cette affaire ?

J’affirme, dit le Kli Yakar, que l’usage de l’article défini désigne bien le bâton d’Aharon. Qu’avait-il de particulier ?                                                                                                         Le bâton d’Aharon était une branche sèche sans la moindre trace d’humidité, et malgré celà elle fit germer des bourgeons et des fleurs, ce qui est impossible sans eau, sauf lorsqu’Hashem ordonne qu’apparaisse de l’eau pour faire germer cette branche sèche.

Hashem voulait que Moshé montre le bâton d’Aharon au peuple pour dire « de même qu’Hashem a fait sortir de l’eau de cette branche sèche, il en fera sortir de ce rocher aride ».

En frappant le rocher, Moshé aurait mis en échec cette occasion de « sanctifier Dieu au yeux des Bnei-Israël ».

Le Kli Yakar ajoute, à propos de cette faute, une référence à l’épisode de l’ouverture de la Mer Rouge. Il est écrit là-bas : « Lève ton bâton et étend ton bras »./

והרמה זו לשון סילוק ותרומה, לומר: הרם את מטך וסלקהו…

« Et cette « élévation » du bâton signifie son retrait, car le peuple commençait a faire la louange du bâton, et à se dire que tous les miracles réalisés par Moshé avec son bâton relevaient de la magie ou de la sorcellerie, et que sans cette « baguette magique », Moshé serait réduit à l’impuissance.

Dieu ordonne donc à Moshé : retire ton bâton et étends le bras pour ouvrir la mer.

Dans l’épisode de l’eau, on a exactement l’inverse, puisqu’il est écrit (verset 11) : « Moshé a élevé son bras et a frappé le rocher avec son bâton ». C’est pourquoi le reproche divin est-il particulièrement sévère : לא האמנתם בי signifie non seulement « vous n’avez pas cru en moi », mais surtout « vous n’avez pas fait en sorte que le peuple croie en moi ».

Shabbat Shalom