19 juillet 2019

Parashat Beha’alotekha

בס »ד


Parashat Beha’alotekha  פרשת בהעלתך
Bamidbar chap. 8 à 12

 

Notre parasha se divise en deux grandes parties.

La première traite de l’achèvement et de l’entrée en service du Mishkan, le rôle des Lévi est affirmé, Pessah est célébrée, et la possibilité de Pessah Shéni établie.

Le grand jour de l’inauguration du Mishkan est consacré par l’apparition de la nuée divine au dessus de la tente d’assignation. C’est la mise en mouvement de la nuée qui servira de signal au départ du peuple, et son arrêt signalera les étapes.

Le peuple est mis en ordre de marche, et s’ébranle au son des trompettes, 

C’est à ce moment que Hovav – Yitro, beau-père de Moshé, décide de retourner parmi son peuple, malgré les supplications de son gendre.

La seconde partie de la parasha va etre consacrée essentiellement aux trébuchements du peuple, son rejet de la manne, son exigence de viande, son « désir de désir » (התאוו תאווה).

 

 

On a une impression de dichotomie entre les deux parties de notre parasha: d’un côté, un peuple qui se hausse au plus haut niveau de spiritualité, reçoit la Tora, et prépare consciencieusement le Mishkan qui symbolisera la présence divine.

Et de l’autre, ce même peuple, tire « vers le bas », au point de remettre en question sa sortie d’Egypte.

Entre ces deux parties, se trouvent deux versets, curieusement ponctués de part et d’autre par deux Noun inversés:

ויהי בנסע הארון ויאמר משה קומה ה״ ויפצו איביך וינסו משנאיך מפניך.

« Lorsque l’arche se mettait en route, Moshé disait: lève-toi Hashem, et que se dispersent Tes ennemis, et que ceux qui Te haïssent se sauvent de devant Toi.

ובנחה יאמר שובה ה״ רבבות אלפי ישראל.

Et quand elle se posait il disait: reviens Hashem parmi les myriades de milliers d’Israël. »

Les deux Noun inversés, et les deux versets qu’ils contiennent interpellent nos maîtres.

Qu’est-ce que ces deux versets ont-ils de spécial? Pourquoi se trouvent-ils à cet endroit du texte? Quel est le sens des Noun inverses?

Une Brayta dans la Guémara Shabbat – 116/1 enseigne:

ויהי בנסע הארון ויאמר משה

Hashem a ponctué cette parasha de signes, pour indiquer que là n’est pas sa place.

Rabi dit: la raison n’est pas celle-là, mais c’est pour indiquer que ce texte est intrinsèquement important.

Raban Shimon Bén Gamliel dit: ce texte est destiné dans l’avenir à être retiré de là, et écrit ailleurs, et pourquoi a-t-il été écrit là? Pour faire une séparation entre une première calamité et une seconde calamité.

Nous avons trois positions pouvant se résumer ainsi:

A/ pas a sa place. Ce texte aurait du faire suite à la mise en mouvement du Mishkan.

B/ constitue en soi un livre important, ce qui fait que la Tora est constituée de sept livres au lieu des cinq connus: Beréshit, Shémot, Vaykra, Bamidbar avant le premier Noun, le texte entre les deux Noun, Bamidbar après le Noun, et Dévarim.

C/ fait écran entre deux calamités. Elle retournera à sa place, à la fin de l’histoire et de ses calamités. La seconde calamité, nous la découvrons dans la suite du texte, à travers les revendications « alimentaires » du peuple.

La première, qui aurait pu en être là cause, est exprimée dans le verset 33: « Ils quittèrent la montagne d’Hashem à trois jours de marche…  Le peuple se met donc en route de manière trop précipitée, selon nos sages, qui interprètent le verset  » ויסעו מהר ה״ דרך שלשת ימים – et ils quittèrent la montagne d’Hashem à trois jours de marche », comme תינוק הבורח מבית ספר – l’enfant qui se sauve de l’école ».

Il est intéressant de noter qu’à l’appui de la seconde opinion (est en soi un livre) vient un enseignement de la Guémara Shabbat:

תא שמע. ספר תורה שבלה אם יש בו ללקט שמונים וחמש אותיות כגון פרשת ״ויהי בנסוע הארון״ מצילין, ואם לאו אין מצילין.

« Viens entendre: un Séfer Tora usé, si on peut y récupérer 85 lettres comme dans la parasha (des deux Noun), on le sauve (d’un incendie le Shabbat), sinon, on ne le sauve pas. »

 

Entre le début de Beha’alotekha et le premier Noun, nous assistons avec l’achèvement du Mishkan, à l’avènement de la présence divine au sein du peuple d’Israël, alors qu’après le second Noun, se manifestent parmi le peuple des tendances qui risquent de mener le projet divin, a l’échec, avec toutes les conséquences négatives pour les Bnei-Israël.

Selon un enseignement de Rabbi Ytshak Halevy-Haver, les deux Noun représentent la présence divine.

La prière de Moshé Rabbeinou est incluse entre les deux Noun, comme une charnière entre « la fuite de la montagne d’Hashem », d’une part, et le retour des désirs et des pulsions physiques de l’autre. 

Rabbeinou Behaye propose une lecture intéressante de ces deux versets.

Selon les sages, le monde est composé de trois éléments : la mer (et les océans), le désert (les montagnes et les forets), et le monde habite – ים, מדבר, ישוב. Lors de sa sortie d’Egypte, Israël est passé par ces trois étapes, en traversant la mer, en marchant dans le désert, puis en conquérant Eretz Israël.

A travers ces étapes, ils ont vu de nombreux miracles au cours desquels le cours de la nature a été modifié, à plusieurs reprises, en leur faveur. Ils en ont acquis la conscience que le monde de la nature a été créé par Hashem.

Cette conscience s’oppose, selon Rabbeinou Behaye, à la croyance de ceux pour qui le monde a toujours existé, et qui nient qu’il ya eu création.

Au moment ou les Bnei Israël s’apprêtent à véritablement entamer la redoutable traversée du désert, la Tora interrompt le récit, et intercale les deux versets qui évoquent l’arche contenant les Tables, et la « dispersion des ennemis de Dieu », comme témoignages de la puissance du Dieu créateur.

Shabbat Shalom